Tropical Tribulations, Episode 1: “First Steps”. Qui a dit que le Brésil était chaud, cher, et carnivore?

Recife! (État du Pernambuco, Nord-Est du Brésil)
Recife!
(Pernambuco, Brésil)

Comment ne pas commencer un voyage: arriver à l’aéroport avec exactement 4 dollars canadiens dans les poches, pour se rendre compte que les cartes bancaires ne marchent pas au distributeur. Peut-on payer par carte de crédit au bureau de change? Non plus. De toute façon, celles-ci ne marcheraient peut-être même pas, faute d’avoir prévenu la banque du voyage… et je ne sais pas exactement où je dors ce soir. Excellent début.

Les premiers moments en nouveau territoire présentent toujours leur difficultés, qu’une bonne organisation ne peut pas toujours prévenir (sauf – voir ci-dessus). Comment fonctionnent les bus, les banques, la vie? Où vivre, avec qui, à quel prix? Quand jouer le touriste, en prenant son temps pour découvrir les lieux, quand jouer le troubadour, en prenant sa bière pour découvrir les gens, et quand se retirer pour travailler, afin de démarrer la recherche sur les chapeaux de roues? Tant de choix, d’opportunités, et de dilemmes dans ces premiers jours – jours au cours desquels, jonglant entre rêves et réalités, trêves et activités, et fèves [le feijão!] et festivités, j’ai découvert que le Brésil n’était ni si cher, ni si chaud, ni encore si carnivore qu’on ne le raconte. Récit d’un début de voyage.

“Dos Braços do Povo Nasce uma Nova Estelita”.

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#OccupyEstelita

Des Bras du Peuple Naît une Nouvelle Estelita.

Premier jour, première révolution. Après la fin heureuse de mes déboires bancaires (merci, HSBC), Marina vient me chercher à l’aéroport. Marina, mon hôte pour la semaine, est de São Paulo, mais vînt à Recife il y a huit mois pour bientôt y étudier histoire, et y vit depuis avec la toute souriante Maria-Clara (six ans, sa fille), ainsi qu’avec une jeune étudiante française de théâtre, et deux jeunes colombiennes (et, deux chats). Ensembles, elles seront toutes ma “famille” pour la première semaine, famille rencontrée à travers du site couchsurfing, qui met en contact voyageurs temporaires, et habitants locaux qui ont un canapé à pourvoir (ou juste une place pour mon matelas autogonflant sur le sol, en compagnie des fourmis, comme chez Marina). Lorsque nous arrivons chez elle, Marina fait signe vers la rue et me dit: “Regardes bien cette rue. Ici, tu vas vraiment voir comment vivent les Recifenses.”

Compagnons de maison.
Compagnons de maison.

Mais pas tous les Recifenses vivent dans des petits d’appartements dont les portes, toujours ouvertes, donnent sur une rue aux pavés cahoteux sur lesquels courent et crient des enfants. Il y a aussi ceux qui vivent à Estelita, vieille zone industrielle abandonnée, dans des tentes dressées à la hâte entre silos demi-effondrés et rails recouverts de rouille. Le gouvernement vendit récemment le terrain à un groupe privé, afin que la zone soit redéveloppée, en l’occurrence via la construction de gratte-ciels commerço-résidentiels. Un groupe de jeunes activistes, inspiré par le mouvement #OccupyWallstreet, s’oppose au projet, et occupe déjà depuis une dizaine de jours le campement quand je le découvre avec Marina, qui vient y vendre des gâteaux fait maison (délicieux, d’ailleurs).

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Estelita en fin d’après-midi.

En ce premier jour, donc – un dimanche à temps magnifique – le campement bat son plein, remplis de supporters, de curieux, et d’autres passants. Et pour cause: en weekend, activistes et artistes transforment le terrain en “espace citoyen”, avec concerts, danse, workshops, et cinéma plein air, afin de démontrer au “pouvoir en place” qu’une autre alternative existe pour Estelita. Le soir, “Otto”, chanteur local connu, anime la foule (vidéo), et je retrouve le Colombien voyageur qui était passé chez Marina plus tôt dans la journée. 14 ans qu’il voyage en Amérique du Sud, sans passeport évidemment, et sans revenu. Les voyages du Che pâlissent en comparaison, pour ne pas parler de trois mois au Brésil… qui commencent bien, au moins!

### UPDATE ### Le campement n’existe plus, vu qu’il a été évacué plutôt brutalement par la police militaire mardi matin, ce qui donne lieu à une certaine commotion parmis les étudiants de mon cours, dont l’un me montre les traces d’impacts des balles en caoutchouk sur ses jambes. Histoire à suivre… ###

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“Otto” !

Je passe donc le reste de la semaine chez Marina et “la famille”. Première surprise, tout le monde est végétarien! Et moi qui pensait que la viande était la deuxième religion du Brésil (après le football). Mais, deuxième surprise: personne n’aime le football! Ou du moins rencontre-t-on beaucoup de Brésiliens qui n’aiment pas jouer, mais qui ne se lassent pas, en revanche, de critiquer la “Copa” (coût, corruption, …). Critiques qui, néanmoins, s’estompèrent un peu avec le début des jeux (comme certains l’avaient prédit), ce qui me permit d’assister non seulement au match d’ouverture, mais aussi à d’autres matchs dans la zone de visionnement collectif au centre du Recife Antigo.

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L’Allemagne vient de gagner son premier match!

S’il est vrai que l’organisation de la coupe aura en effet creusé le budget brésilien, cette première semaine n’aura, par contre, point touché au mien. Grâce à la magie de Couchsurfing – qui n’accepte que l’hôte se fasse payer – je dépense moins de $10/jour (~20 reais), au Brésil qu’on traite de cher. D’ailleurs, les produits au supermarché le sont en effet; mais les évènements culturels à Recife ne le sont point. Entre Estelita et Fifa Fan Fest se glissent donc un petit concert gratuit de l’Orchestre Symphonique de Recife (3e Symphonie de Beethoven, pourquoi pas), ainsi qu’une soirée de “Forro”, musique/danse traditionnelle Brésilienne, qui cette fois se fait sous la pluie occasionnelle mais intense de Recife.

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Belle salle de concert…
... belle atmosphère!
… belle atmosphère!

Quant à la recherche – car c’est bien pour elle que je suis là – elle est d’abord passée au deuxième plan, le temps de me trouver une chambre, mais aussi de rencontrer mon professeur local. Les deux processus prirent un peu de temps, mais se conclurent tous deux de façon positive: je vis depuis peu avec deux amis Brésilien de Marina qui cherchait justement à louer une chambre, et j’eu l’incroyable chance d’être aujourd’hui invité par mon professeur chez lui, l’université étant fermée (comme tous les jours quand joue le Brésil…). Assis sur son balcon, avec la vue sur un parc, nous discutâmes, après qu’il m’eut offert quelques-uns de ses livres; il m’aida ainsi beaucoup, puis, le temps du déjeuner étant arrivé, m’invita à manger avec sa femme et son fils, un feijão, justement, puis du fromage local avec du Doce de Leite (le tout végétarien, évidemment – nous sommes au Brésil, après tout…).

Journée bien remplie, donc, tout comme le reste de ce début de séjour. Cerise sur le gâteau, un Brésilien m’a aujourd’hui pour le première fois demandé des directions! Avant de réaliser en riant, devant mon regard perplexe, que je ne serais pas d’une grande aide. “Gringo, eh?”. Gringo, en effet. Ainda!

ps1. Merci beaucoup à Mariana et la “famille” pour m’avoir accueilli pendant cette première semaine!

ps2. Quant à pourquoi le Brésil ne serait pas si chaud que ça, voir l’image ci-dessous, prise dans un centre commercial.

Prochaine coupe du monde au Brésil... le Hockey sur Glace?
Prochaine coupe du monde au Brésil… le Hockey sur Glace?

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