AÉCSUM, Politique Étudiante et Conseil Généraux – Mémoires d’un Représentant

La démocratie en mouvement... assise.
La démocratie en mouvement… assise.
(photo: McGill Daily)

Un autre mois qui passe à McGill, un autre conseil général de l’AÉCSUM. L’AÉCSUM (mieux connue sou son nom anglais, PGSS) est l’Association Étudiante des Cycles Supérieurs de l’Université McGill. Je reviens tout juste de son conseil général, qui regroupe les représentants de toutes les Associations des Étudiants Gradués (AEGs) des diverses discipline, et qui – en tant que plus haute instance de l’organisation – est chargé de toutes les décisions importantes (et de celles qui ne le sont pas, aussi…). Après deux années passées en tant que représentant de mon AEG (Sciences Politiques), ce soir aura été mon dernier conseil. Ci-joint, donc, quelques réflexions vis-à-vis de la politique étudiante à McGill, de l’AÉCSUM, et de mon temps passé en contact avec ces éléments.

1/ La politique étudiante est puissante: un des points qui m’aura marqué, au cours de ces deux années passées au conseil, est que l’AÉCSUM a un certain pouvoir. Elle ne peut changer ni le monde, ni même McGill, mais elle est capable d’aller au-delà des affaires quotidiennes, et d’introduire des idées, de lancer des projets, de lancer des débats, et de gérer des affaires qui ont un impact sur la vie des étudiants. Rien qu’aujourd’hui, le conseil a passé des résolutions sur l’aide à la santé mentale étudiante, sur la création d’un jardin communautaire étudiant, et sur les relations entre directeurs de thèse et étudiant(e)s. Ces résolutions auront toutes des effets concrets, que ce soit par le biais des dépenses de l’AÉCSUM sur un projet, ou par le biais de la pression que l’AÉCSUM peut mettre sur le Sénat de McGill (la plus haute instance de décision au niveau de l’université). J’ai moi-même eu l’occasion de “goûter” au pouvoir de l’organisation, puisqu’il m’a été donné de soumettre deux résolutions au conseil qui, une fois passées, ont enclenché, respectivement, un rapport du Sénat de McGill sur la politique d’anonymat pour les examens universitaires, et un référendum étudiant (finalement approuvé) sur le financement d’une soupe populaire étudiante. L’AÉCSUM prend donc des décisions qui donnent suite, permettent ainsi à ses membres de contribuer au développement continu de l’université. Outil collectif et participatif, l’AÉCSUM est donc un agent de “empowerment”, puissant à sa manière.

2/ La démocratie étudiante est aussi imparfaite que le modèle nature: malgré son côté “empowerment”, l’AÉCSUM est aussi une belle illustration des difficultés auxquelles fait face la démocratie organisée. En tant que représentant, je suis censé “représenter” (eh oui) les étudiants gradués en sciences politiques. Je le fais, pourtant, à peine, pour essentiellement trois raisons:

  • D’abord, un problème d’information: les discussions de l’AÉCSUM portent chaque mois sur des sujets et problèmes qui sont parfois complexes, parfois administratifs (c’est-à-dire ennuyant…), parfois à échéance long-terme. Les étudiants n’ont pas le temps de s’informer vis-à-vis de chaque problème, et il n’y a d’habitude donc pas d’opinion générale que je pourrais “représenter” (à l’exception de certains sujets polémiques, donc plus populaires, mais là se pose alors la question de comment représenter avec un seul vote un groupe de gens aux opinions et convictions diverses).
  • Deuxièmement, il y a un problème de communication: malgré un effort d’informer, via un email mensuel, mes “membres” des éléments les concernant, je n’ai jamais eu de réponse à ces messages, qui semblent ennuyer plus qu’autre chose. Ce qui pointe vers le troisième problème…
  • … le manque général d’intérêt: mes membres – et ils étudient pourtant tous les sciences politiques (!) – s’intéressent peu à la politique étudiante, et ont souvent mieux à faire que de lire des procès-verbaux. D’une certaine façon, on devient donc plus délégué que représentant: élu non pas pour faire justice aux opinions des “membres”, mais pour s’occuper des affaires dont personne d’autre ne veut s’occuper…

Ces “problèmes démocratiques” vis-à-vis des membres (“vers le bas”) existent aussi “vers le haut” – c’est à dire vis-à-vis du comité exécutif (élu) de l’AÉCSUM, qui dirige l’organisation. Même avec les meilleures intentions, ce comité exerce un pouvoir parfois effrayant. Il propose la majorité des résolutions à l’ordre du jour;  il possède le plus d’informations, et il connaît tous les acteurs clés. En conséquence, ses désirs, résolutions et plans sont rarement rejetés au vote, puisque peu de représentants se voient dans la capacité de monter une résistance contre des acteurs qui semblent avoir pensés à tout. L’image en haut de ce billet est révélatrice: la plupart des résolutions sont passées à l’unanimité, souvent par des représentants qui n’en ont eux-mêmes pas lu le contenu. L’information est toujours là, évidemment, et est accessible à tous; mais par manque de temps ou d’effort, peu de représentants se donnent la peine de vérifier ce que le comité exécutif écrit et planifie. Combien de résolutions passées “à l’aveugle”, ainsi! – aussi par moi, toujours avec un certain malaise dans le ventre, malgré la confiance “à priori” vis-à-vis des intentions du comité exécutif…

3/ La politique/démocratie étudiante est instructive, et a bon goût: les conseils généraux de l’AÉCSUM n’ont pas bonne image dans l’imaginaire collectif étudiant: longs, ennuyeux, bureaucratiques… Et ce ne sont pas seulement des stéréotypes! Mais là est toute la beauté (du moins pour un étudiant en sciences politiques): l’AÉCSUM démontre, en modèle miniature, la difficulté de gérer une organisation complexe et diverse, et plus généralement la difficulté de faire, comme on dit si souvent, “avancer les choses”. Et pourtant, elles avancent! Débats trop longs ou absence de débats; règles de procédure ennuyantes ou pouvoir débridé; résolutions essentielles ou inutiles; amicalité et rivalité: j’aurais tout vu pendant ces deux années au conseil général. La démocratie est lente, difficile, imparfaite, et souvent pas vraiment démocratique. Et elle demande du travail – beaucoup de travail. Mais bien faite – et elle ne l’a pas toujours été, ici ou ailleurs – elle en vaut le coup. Quelle alternative, après tout? (et peut-être y en a-t-il une? – voilà une idée pour une résolution…). Au final, je quitte donc l’AÉCSUM avec un peu d’espoir, quelques frustrations, beaucoup de leçons, et le ventre plein – car la vrai raison d’être représentant n’est-elle pas le dîner gratuit à chaque conseil général? …

 

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